Une révolution à mi-chemin

Une révolution à mi-chemin

Aujourd'hui encore, au sein du foyer, les femmes passent plus de temps que les hommes à s'occuper des tâches ménagères. L'inégalité tend à se résorber, mais le travail à accomplir pour changer les mentalités reste entier. Le sociologue Jean-Claude Kaufman revient sur 50 ans de révolution ménagère.

Il y a 50 ans c’était mai 68, et l’on peut se poser la question : la révolution ménagère a-t-elle eut lieu ? Le contraste est net avec les générations précédentes. 96% des personnes interrogées disent que le partage est plus équilibré. Pour 61% cependant il n’est que « un peu plus équilibré ». Les choses bougent, mais timidement. 32% des hommes disent faire les courses le plus souvent (14% seulement rectifient les femmes) et 13% qu’ils s’occupent des enfants à titre principal (4% seulement rectifient les femmes). Concernant la lessive ou le repassage toutefois, les chiffres restent irrémédiablement féminins. 1 homme sur 4 seulement se dit très à l’aise dans l’univers du linge. Passe encore pour lancer la machine, mais trier ou ranger le linge les entraîne vraiment en terre inconnue (pour davantage d’informations sur ce caractère très féminin du linge, cliquez ici*). Les hommes ont des territoires de spécialité, mais qui restent limités, comme le bricolage. Et ce sont eux qui sortent les poubelles à 55%.

Il semble donc que la révolution n’ait pas encore vraiment eu lieu, les poubelles (deux minutes) ce n’est quand même pas la même chose que le linge. Surtout quand on entend la réponse à la question : « Pour vous, le partage des tâches ménagères n’est plus un problème aujourd’hui ? ». 55% sont d’accord (dont 63% des hommes). Affaire classée ou presque ? Alors qu’il s’agit du facteur explicatif central de l’inégalité entre hommes et femmes, notamment du fameux plafond de verre : la carrière des femmes commence à stagner après la naissance du premier enfant. En réalité cette réponse exprime une contradiction, entre rêve et réalité. La réalité est celle d’un combat concrètement difficile pour avancer vers un partage plus équitable. Les hommes sont convaincus qu’ils doivent faire davantage. Si la satisfaction du devoir accompli est partagée par les hommes et les femmes, l’image positive de soi-même et le fait que ce soit « son rôle » est davantage exprimé par les hommes (68% et 71%) vs les femmes qui considèrent en majorité que ce n’est pas particulièrement « leur rôle » à 60%. Le terme de « rôle » fait bondir les femmes, elles ne veulent plus être assignées à la fonction ménagère. Hélas le mari a selon elles des compétences limitées et ne fait pas comme il faudrait. Moins d’1 femme sur 3 laisserait la lessive à son homme en toute confiance, la majorité le surveillerait ou repasserait derrière.

La tentation est donc grande de faire une pause dans cette révolution à mi-parcours qui a du mal à concrétiser son idéal. Le rêve cependant est toujours là, l’envie profonde de parvenir un jour à un partage réellement équitable. 96% des gens pensent qu’un homme qui fait la lessive est un bon exemple pour ses enfants, montrant par là qu’ils espèrent que la génération suivante fera mieux qu’eux, mais ils préfèrent s’accommoder de l’inégalité raisonnable qu’ils ont mis au point tant cela leur parait compliqué de révolutionner leur quotidien. Un exemple ? Moins d’1 femme sur 3 laisserait faire la lessive à son homme en toute confiance, la majorité le surveillerait ou repasserait derrière. Mieux vaut qu’il fasse ce qu’il sait faire, il se débrouille très bien d’ailleurs pour sortir la poubelle (les femmes leur font totale confiance pour cela à 92%). Mais entre la poubelle d’un côté (deux minutes) et le linge de l’autre, nous sommes encore loin de l’égalité !

Pourtant d’après l’étude, un homme qui s’empare ainsi de ce qui est le plus résistant au partage, « c’est rare » (70%), mais « c’est beau » (68%), « c’est un homme de son temps » (95%) et cela n’a rien de contraire avec la virilité (87%). Les images qui symbolisent les valeurs de l’époque affichent clairement un désir d’égalité véritable. La révolution a donc bien eu lieu dans les esprits, il reste simplement à terminer de la mettre en pratique et à « continuer le combat » aurait-on dit en 68. La sensibilité aujourd’hui est moins belliciste. C’est par un message d’amour, redessinant l’identité de l’homme de demain, que l’on a envie de révolutionner le couple dans le sens d’une plus grande équité. Et si nous engagions vraiment la révolution ménagère ?

* 71% des femmes laisseraient leur conjoint s’occuper des enfants en toute confiance les yeux fermés, mais elles ne sont plus que 32 % lorsqu’il s’agit de trier le linge ou de lancer une machine, 38% le surveilleraient, 18% repasseraient derrière lui, et 12 % refuseraient catégoriquement qu’il essaie de faire la moindre lessive (18 % qu’il touche un fer à repasser). Les femmes, qui rêvent de lâcher prise pour diminuer la charge mentale et la fatigue qu’elles disent éprouver (51% se disent épuisées par les tâches ménagères), ne parviennent pas à le faire pour le linge. « C’est plus fort que moi » m’avait dit une personne que j’avais interrogée. Il faut que ce soit fait comme elles pensent que ce doit être fait, au risque sinon de ne pas se sentir bien. Comme si un schéma secret de l’ordre des choses hérité de l’histoire (et l’histoire du lien entre les femmes et le linge a été très forte) les obligeait à agir ainsi même si elles se disent que c’est un peu bête. Les stéréotypes restent très forts : pour 43% des gens, les hommes ont moins de dispositions naturelles pour les tâches ménagères. Résultat : alors que nombre d’hommes célibataires apprennent à repasser et deviennent même bon techniciens dans ce domaine, ils semblent oublier cette compétence après l’entrée en couple. Ils ne sont plus que 13% à officier fer à la main.

Le linge est peut-être une grande question politique qui s’ignore : rien n’empêche davantage les femmes d’avancer vers l’égalité.

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